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ClickerExpo 2017 suite

19/11/2017

ClickerExpo 2017 suite

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Ken Ramirez : Dr Non, comment enseigner un animal à dire “non”, peut être la bonne prescription. (Dr No : how teaching an animal to say “no” can be the right prescription.)

 CEDK2017 Canécole Bordeaux

Ces dernières années, les éducateurs R+ ( renforcement positif) ont tendance à davantage faire participer, par un engagement volontaire, l’animal lors des séances d’entraînement.

De plus en plus utilisés sont les concepts de  « chin rest », « target », « stationing » ou « bucket game » ; des comportements spécifiques de ciblage ( l’animal touche avec une partie de son corps, ou regarde, une cible) indiquant «  je suis prêt » dans des situations particulières qui peuvent causer de l’inconfort, comme les prises de sang, couper les ongles, etc. 

Si l’animal est inconfortable, il sort de la position ou ne s’engage pas dans la position. L’intervention est à ce moment interrompu ou n’a pas lieu jusqu’à ce que l’animal vienne ou revienne dans la position « je suis prêt ». Non seulement on tolère ces comportements mais on les encourage. Ils mettent l’animal plus à l’aise, lui donnent de l’assurance, lui donnent un choix.

 

Ken va plus loin : il a mis au point une procédure où l’animal peut choisir de dire  « non ».

 

Ken, durant sa longue carrière de « coach animalier » (ma traduction de animal trainer) et consultant «solutionneur » ( trouveur de solutions, ma traduction pour problem solver) a travaillé avec beaucoup d’espèces différentes. Il a travaillé avec des animaux vivants en captivité, comme dans les parcs zoologiques ou aquariums, passant par les animaux de compagnie, des chiens d’assistance, jusqu’à des animaux sauvages en liberté dans des projets de conservation. Il a même réussi à faire voler 10 000 papillons libres, volontairement et en groupe, d’un point A vers un point B, dans un jardin londonien d’une taille supérieure à celle d’un terrain de foot, sur de la musique classique !

https://www.clickertraining.com/the-butterfly-project

 

 Dans cette longue carrière il s’est trouvé à 4 reprises dans une situation, dans laquelle il a recouru à ce protocole de donner un « vrai » choix à l’animal de dire « non »,  avec une baleine Béluga, une otarie et deux chiens.

 

Afin de bien comprendre la complexité du processus d’apprentissage, Ken a pris le temps de bien définir ce que les 2 mots « non » et « choix » dans ce contexte représentent.

 

Il a été démontré qu’avoir le choix et avoir le contrôle sont des renforçateurs puissants...

Les mots « non » et « choix » ne sont rien d’autres que des étiquettes qu’on colle sur des idées et que chacun d’entre nous peuvent définir différemment. Il a donc approfondi sa définition des 2 mots afin de pouvoir en parler avec une compréhension partagée.

 

NON. Enseigner « non » (ex. toucher une cible) ne permet pas de savoir ce que l’animal pense ou perçoit. Néanmoins, on peut observer le comportement et essayer d’interpréter sa signification.

Choisir la cible au lieu de faire le comportement demandé peut vouloir dire différentes choses :

-  « Non, je ne veux pas faire ce comportement », ou

-  « ce comportement est plus facile (demande moins d’effort) »,ou

- « Toucher la cible a un meilleur historique de renforcement (plus grande probabilité de succès et de renforcement) »,ou

-   insérez une de vos propres interprétations

AVOIR LE CHOIX, est difficile à définir. Avoir vraiment le choix est rare. Ex. Si demain matin vous vous levez fatigué(e), vous avez le choix de ne pas aller au travail, mais est-ce un vrai choix si dans ce cas vous ne percevrez pas de salaire ?

Ce que Ken veut dire avec avoir le choix :

  • L’animal a l’option de recevoir du renforcement de plus d’une manière et
  • Prendre une autre option que le comportement demandé peut obtenir du renforcement

 

Pourquoi, avoir le choix est-il important ?

Choisir est un renforçateur primaire (Susan Friedman) Si nous étions nés sans contrôler les conséquences/résultats comme renforçateur, alors qu’est-ce qui nous motiverait à utiliser des comportements pour avoir accès à d’autres renforçateurs pour survivre  (nourriture et eau) ? C’est un avantage évolutionnaire, d’utiliser les comportements afin de contrôler les conséquences (c’est à ça que servent les comportements).

 

Le protocole de Ken, dans lequel l’animal reçoit du renforcement (pour la Béluga un poisson), aussi bien quand il fait le comportement demandé, que quand il choisit de dire « non »,  je ne le fais pas, est bien distinct d’autres protocoles semblant similaires, mais qui servent d’autres objectifs et fonctionnent différemment.

Il parle entre autre de « la désobéissance intelligente » et du signal « all clear ».

 

La désobéissance intelligente. Le concept est bien connu dans le monde des chiens de guide-aveugle, où le chien « désobéit » la demande de l’aveugle si elle mettrait l’aveugle en danger.

Dans ce cas le chien ne désobéit pas vraiment, mais répond à une autre situation apprise. Ex. Le chien a appris à traverser uniquement quand il n’y a pas de danger, entre autre quand il n’y a pas de voiture etc. Si l’aveugle veut traverser quand il y a une voiture, le chien refuse. Il ne désobéit pas mais répond correctement au comportement appris, d’attendre que la voiture passe, ou s’arrête.

 

Le signal « all clear » est un concept utilisé dans la recherche d’odeurs, ex dans les aéroports. Le chien apprend un comportement particulier ex. d’aller s’asseoir à un endroit précis quand il ne sent pas l’odeur recherchée. Dans ce cas-ci il ne s’agit pas non plus de dire « non », de choisir de ne pas vouloir indiquer l’odeur, mais à une situation à indiquer qu’il ne sent pas l’odeur recherchée.

 

La Baleine Béluga.

C’est avec la baleine Béluga, que Ken illustre le protocole avec lequel il donne un vrai choix à l’animal de dire « oui », je veux faire ou « non », je ne veux pas faire.

La baleine Béluga était née en captivité et habituée à coopérer avec plusieurs coaches animaliers expérimentés. Des nouvelles naissances demandant l’intervention de ces coaches animaliers expérimentés ont fait que la Béluga était pris en charge en partie par des coaches moins expérimentés.

Des comportements de soins, fluide depuis très longtemps ont commencé à se dégrader petit à petit. Comment était-ce possible ? Avec un programme de renforcement positif, il ne devait pas y avoir de frustration !

 

Les erreurs de jeunes coaches étaient à l’origine du problème et l’ont prolongé.

Le manque d’une relation forte avec l’animal, les mauvaises analyses des petits signes de frustration et la mauvaise utilisation du LRS ou « least reinforcing scenario/stimulus ( c’est une réponse neutre de 2-3 secondes après qu’un animal donne un comportement non-désiré, suivi immédiatement par une autre opportunité à gagner du renforcement), en faisaient partie.

 

Les coaches inexpérimentés ressentaient une pression pour obtenir les comportements et ont insisté à redemander les comportements après refus de la baleine. Le problème s’aggravait avec le temps et la baleine ne voulait plus coopérer avec les jeunes coaches.

Comme la baleine continuait à bien travailler avec les coaches expérimentés, plusieurs années ce sont déroulées avant que le problème ait été exposé devant Ken.

 

Ken se posait la question si la baleine pensait qu’avec les jeunes coaches elle avait perdu son choix de participer dans les séances d’entrainement.

Il a pensé à donner la possibilité de dire « non » en le renforçant systématiquement.

Il a proposé d’apprendre à toucher une cible (style target stick) si elle ne voulait pas faire le comportement. Toucher la cible serait toujours renforcé.

Avant de commencer l’apprentissage il a fallu convaincre l’équipe des coaches car ils doutaient fortement de la réussite de la procédure.

Pourquoi l’animal choisirait-elle de faire un comportement demandé si elle avait l’option de dire non et être renforcé pour ce choix ?

Ken partait du principe que si l’entrainement est une corvée, la baleine pourrait ne pas vouloir faire les comportements demandés. Si par contre l’entrainement est plaisant et positif, l’animal le fera presque toujours et cela donne toujours un vrai choix à l’animal.

La Béluga continuait à très bien coopérer avec les anciens coaches, mais pas avec les moins expérimenté, qui ont cumulé les erreurs de lecture des comportements de la Béluga avec le résultat dégradé.

 

Les étapes pour enseigner à la Béluga le concept du «non » toujours renforcé.

1/ positionner une cible près de la zone de travail

2/ indiquer la cible par intermittence durant une session et renforcer quand l’animal la touche

3/prendre des pauses entre des comportements et prompter la baleine pour toucher la cible pendant l’attente

4/pas d’information claire ? touche la cible.

5/ quand l’animal fait une erreur ou refuse un « cue » (signal invitant l’animal à faire un comportement), indiquer la cible, marquer et renforcer si elle la touche.

En 3 semaines la baleine semblait avoir compris le principe. Elle pouvait choisir cette option n’importe quand.

 

L’évolution du comportement.

Après 3 semaines elle testait le concept, elle touchait tout le temps la cible, après chaque « cue » (signal). L’équipe de coaches pensait que c’était bien la preuve  qu’ils avaient raison, pensant que l’animal ne ferait jamais les comportements demandés si on lui donnait l’opportunité à dire « non », en renforçant ce choix.

Mais la baleine continuait à bien travailler avec les coaches avec qui elle avait une bonne relation !

Avec le temps elle recommençait à faire la plupart des comportements.

Elle choisissait uniquement la cible (dire non) quand :

-elle était malade

-quand elle faisait une erreur et n’entendait pas le marqueur

-quand on lui demandait de faire un comportement qu’elle ne voulait pas faire (presque toujours un comportement de soins médicaux)

- quand elle travaillait avec un nouveau coach

- quand elle travaillait avec un coach avec qui elle n’avait pas une bonne relation

 

Avant, quand elle ne voulait pas faire un comportement, elle partait et ne revenait pas avant plusieurs minutes. Maintenant, elle touchait la cible et était immédiatement prête pour faire un nouveau comportement !

 CEDK2017 Canécole Bordeaux

Les résultats :

Il a fallu 4 mois pour bien établir le concept.

Elle ne refusait plus de comportements avec les coaches expérimentés.

Elle continue à tester des nouveaux coaches (pendant 1 à 2 semaines).

Si elle sait qu’elle fait une erreur et n’entend pas le marqueur, elle revient et touche la cible, ce qui est renforcé.

Le projet a réussi !

 

Le concept a été utilisé 4 fois avec des résultats similaires, chaque fois dans une situation où l’animal avait perdu confiance dans le jeu de l’entrainement.

Cela a permis à l’animal de reprendre confiance et s’amuser de nouveau pendant les entrainements. Dans tous les cas, l’utilisation du « non » a été réduit à moins de 2%, une fois le concept bien établi.

 

Est-ce que cela signifie un vrai « non » pour l’animal ?

Impossible d’en être certain.

L’animal a appris que c’est un comportement de défaut qui sera toujours renforcé.

Une fois appris il est uniquement utilisé pour des comportements difficiles ou inconfortables.

Il est utilisé avec des coaches que l’animal ne connaissait pas ou en qui l’animal n’avait pas confiance.

Il est utilisé après une erreur.

 

La question : devrait-on l’utiliser avec tous les animaux ?

Ken pense que ce n’est pas la meilleure façon. Quand l’animal est entrainé avec du renforcement positif et que le coach sait lire le langage corporel, l’animal sait dire « non » de plusieurs manières. Un coach « savant » accepte cela et ajuste son plan de travail.

La lecture des comportements animaliers n’est pas toujours évidente pour certains clients comme les enfants, les familles nombreuses, les clients aveugles. C’est uniquement dans ces cas de besoin que Ken utiliserait ce protocole.

 

Les implications et les étapes à suivre :

C’est un très bon protocole pour résoudre certains problèmes.

Ken n’a pas encore analysé les principes scientifiques impliqués : contrafreeloading, matching law, differential outcome effect , ou autres ?

C’est une bonne utilisation de renforcement positif avec laquelle les signaux des animaux sont compris et pris en compte qui permettent à l’animal d’avoir un choix et de réussir.

C’est un autre type d’apprentissage d’un concept qui peut avoir d’autres utilisations, qu’on pourra découvrir dans l’avenir en continuant à l’explorer.

 

J’ai trouvé cette conférence juste passionnante, comme toujours avec Ken Ramirez.

Alors que de nombreux collègues continuent à travailler par la contrainte, l’autorité ou la punition, nous les éducateurs R+ continuons d’apprendre des gens comme Ken et c’est merveilleux.

Il nous démontre régulièrement qu’en utilisant  la maitrise des sciences d’apprentissage, notre créativité et notre énergie nous pouvons travailler avec l’animal en gardant son bien-être comme priorité.

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